Comment change-t-on en thérapie ? Les 7 étapes de la transformation selon Carl Rogers
Spécialisé en psychothérapies humanistes et expérientielles, je constate chaque jour dans mon cabinet à Saint-Jean-de-Monts (et en téléconsultation) que le changement est un voyage qui demande du temps. Pour vous aider à comprendre comment opère cette transformation, j'ai choisi de partager avec vous un texte fondateur de Carl Rogers, extrait de son œuvre 'Le développement de la personne'. Il y décrit les 7 grands stades par lesquels passe un patient lorsqu'il se sent pleinement accepté et en sécurité.
L'article en bref
Le changement en psychothérapie ne se fait pas du jour au lendemain, c'est un continuum en 3 grandes étapes :
- La fermeture (Stades 1 à 3) : On se sent bloqué, on parle de ses problèmes comme s'ils étaient extérieurs à soi ou appartenaient uniquement au passé.
- Le déclic (Stades 4 et 5) : Grâce au climat de confiance avec le thérapeute, on commence à exprimer ses émotions présentes, même si cela fait peur.
- La libération (Stades 6 et 7) : On accepte pleinement ses contradictions, la communication interne devient fluide et on devient acteur de son propre changement en vivant dans le présent.
Je me suis pour ma part intéressé depuis longtemps aux constantes qui interviennent dans le changement de la personnalité. Est-ce que la personnalité et le comportement subissent vraiment des changements ? Quels sont les points communs entre ses modifications ? Entre les conditions qui précèdent le changement ? Et par-dessus tout, par quel processus se produit le changement ?
Dans cette proposition, j’admettrais que le client s’éprouve lui-même comme pleinement accepté. J’entends par là que quelques soit ses sentiments -crainte, désespoir, insécurité, colère- quelle que soit la manière dont il envisage sa propre situation à ce moment, il perçoit qu’il est psychologiquement accepté, tel quel, par le psychothérapeute. Ceci implique donc une compréhension empathique et une acceptation inconditionnelle. Il convient de souligner que c’est l’expérience qu’a le client de cette acceptation qui la rend optimale et non seulement le fait de sa présence chez le thérapeute.
Dans tout ce que j’aurais à dire sur le processus de changement, je supposerai comme condition constante optimale et maximale, celle d’être accepté.
Phase 1 : Les blocages initiaux et la distance émotionnelle (Stades 1 à 3)
Premier stade : La fixité et le refus de se communiquer
La différenciation des significations personnelles de l’expérience est sommaire ou globale, le vécu étant vu comme en « en blanc et noir ». La personne ne se communique pas elle-même, et ne communique que des détails extérieurs. Elle tend à se considérer comme dégagée de tout problème, ou bien les problèmes qu’elle reconnait sont perçus comme tout à fait extérieurs à sa personne. La communication interne entre le « moi » et l’expérience immédiate est sérieusement bloquée. L’individu à ce stade se laisse décrire en termes d’immobilité, de fixité, à l’opposé de toute mobilité, de tout changement.
- Refus de communiquer personnellement. Communication uniquement sur des sujets extérieurs.
- Les sentiments et les opinions personnels ne sont ni perçus ni reconnus comme tel.
- Se retrouver en relations intimes et personnelles avec quelqu’un est ressenti comme dangereux.
- A ce stade, aucun problème personnel n’est perçu ni reconnu.
- Il n’y a aucun désir de changement.
- Il y a beaucoup de blocages dans la communication interne.
Deuxième stade : L’apparition de l’expression mais sans responsabilité personnelle
Quand, au cours du premier stade l’individu a éprouvé qu’il était totalement accepté, il passe alors au second. Dans ces circonstances la personne bénéficie d’un climat permissif ou d’acceptation sans être obligée à ne prendre aucune initiative personnelle pendant un temps assez long pour se sentir acceptée.
- L’expression concernant des personnes autres que lui-même devient moins superficielle.
- Les problèmes sont perçus comme extérieurs à soi. Ex : « Je ressens souvent un manque d’organisation dans ma vie »
- Pas de responsabilité personnelle à l’égard de ses problèmes. (Ceci est illustré par la citation précédente)
- Les sentiments sont décrits comme des objets que l’on ne possède pas ou alors appartenant au passé. Ex : le thérapeute : « vous désirez sans doute me dire ce qui vous amène… » La cliente : « Le symptôme était… c’était… simplement être profondément déprimée. » Voilà un excellent exemple de la manière dont les problèmes interne peuvent-être perçus comme s’ils étaient purement externe. Elle ne dit pas : « je suis déprimée », ou même : « j’étais déprimée ». Elle traite son sentiment comme un objet éloigné, qu’elle ne possède pas, qui lui est entièrement extérieur.
- Les sentiments peuvent être extériorisés, mais ne sont pas reconnus comme tels, ni revendiqués.
- L’expérience immédiate est liée à une structure imposée par le passé.
- Les schèmes personnels sont rigides, non reconnus en tant que tels, mais conçus comme des faits. Ex : « Je ne peux jamais faire quelque chose convenablement… jamais rien finir. »
- L’expression des intentions et des sentiments personnels est globale et manque de nuance. L’exemple précédent en fournit une bonne illustration : « Je ne peux jamais. » est une affirmation brutale, comme l’est également l’emploi de « convenablement » en un sens aussi absolu.
- Les contradictions peuvent s’exprimer, mais sont à peine reconnues comme telles. Ex : « Je veux apprendre… mais je reste une heure sur la même page. »
Troisième stade : L’assouplissement progressif et la mise en mots du "Moi"
Si le dégel et le léger assouplissement de l’expression survenus au second stade ne sont pas bloqués – mais que le client se sente en fait accepté sans réserve, tel qu’il est, alors la détente et l’assouplissement de l’expression symbolique se poursuivent. Voici quelques-unes des propriétés qui semblent concourir à caractériser ce point du continuum.
- Le discours ayant le « moi » pour objet devient plus facile. Ex : « Je fais de gros efforts pour être parfait avec elle- enthousiaste, amical, intelligent, beau parleur, parce que je veux qu’elle m’aime. »
- Le client parle également de son moi comme s’il était un objet seulement chez les autres qui lui en renverraient l’image. Ex : « Je me vois souriant doucement comme ma mère, ou parfois aussi bourru et aussi sur de moi… comme mon père- je me glisse dans la personnalité de n’importe qui sauf dans la mienne. »
- Le client parle beaucoup de sentiments et d’intentions personnels non actuels ou bien les décrit longuement. Ex : « Il avait tant de choses que je pouvais dire, tant de vilaines choses que je faisais. Je me sentais si lâche et si méprisable. »
- Il y a très peu d’acceptation des sentiments. Ceux-ci apparaissent, pour la plupart, comme quelque chose de honteux, de mauvais, d’anormal, toujours plus ou moins inacceptable. Des sentiments sont manifestés, et quelquefois alors reconnus comme tels. L’expérience vécue est décrite comme si elle appartenait au passé, ou bien comme si elle était étrangère au « moi ». Tout ceci est illustré par les exemples précédents.
- Les schèmes personnels sont rigides, mais il se peut qu’on les prenne pour ce qu’ils sont : des schèmes personnels et non des fait extérieurs. Ex : « Je me suis senti tellement coupable pendant ma jeunesse que je croyais toujours mériter d’être puni quoi qu’il arrive. » Manifestement, le client voit cela comme la manière dont son expérience s’est schématisée plutôt que comme un fait objectivement établi.
- L’expression des sentiments et des opinions est un peu plus nuancée, moins globale que dans les stades précédents. Ex : « Je l’ai déjà dit plusieurs fois mais maintenant c’est vrai, je l’ai réellement ressenti. Est-il étonnant que je me sois senti si misérable dans ces conditions, étant donné tous les sales tours qu’ils m’ont joués ? Et inversement je ne me suis pas bien conduit, je m’en rends bien compte. »
- Les contradictions de l’expérience immédiate sont reconnues. Le client explique que d’une part, il s’attend à faire quelque chose de bien, mais que d’autre part ça peut échouer complètement.
- Les choix personnels sont souvent reconnus comme inefficaces. Le client « choisit » de faire une chose mais découvre que sa conduite n’est pas dans la ligne de son choix.
Si vous vous reconnaissez dans ces premiers stades de blocage, sachez qu'un accompagnement en psychothérapie peut vous aider à traverser ce dégel en douceur.
Phase 2 : Le déclic de la prise de conscience (Stades 4 et 5)
Quatrième stade : L’émergence des sentiments présents et la remise en question des défenses
Une fois que le client sent compris, accueilli, accepté comme il est dans les différents aspects de son expérience au niveau du troisième stade, il se produit alors un relâchement progressif de ses schèmes, un débit plus libre de ses sentiments, ce qui indique que la personne a repris sa progression dans le continuum.
- Le client décrit des sentiments plus intenses dans la catégorie des affects « non actuellement présents » Ex : « Et bien ça a été un coup dur pour moi ! »
- Les sentiments sont toujours décrits comme des objets mais dans le présent. Ex : «Ca me décourage de me sentir dépendant. C’est un signe que je ne crois guère en moi. »
- Parfois les sentiments sont exprimés comme s’ils existaient dans le présent, quelquefois aussi ils surgissent contre le vœu du client.
- Une certaine tendance à éprouver des sentiments, ici et maintenant, apparaît mais assortie de méfiance et de peur vis-à-vis de cette possibilité. Ex : « Je me sens lié par quelque chose. Cela doit être moi ! Je ne vois pas d’autre raison à cela. Je ne peux le mettre sur le dos de personne. Il y a ce « nœud » quelque part en moi…Ça me rend fou. J’ai envie de pleurer… de me sauver ! »
- L’expérience immédiate est moins déterminée par la structure du passé et plus accessible, elle surgit parfois mais avec un léger retard. L’exemple précèdent illustre très bien cette manière moins rigide qu’a le client d’envisager son expérience vécue.
- Un assouplissement apparaît dans la manière de construire cette expérience ; il y a quelques découvertes de certains schèmes personnels, lesquels sont nettement reconnus pour ce qu’ils sont. On entrevoit déjà un doute portant sur leur validité. Ex : « Ca m’amuse. Pourquoi ? Oh ! Parce que c’est un peu stupide de ma part, je me sens un peu inquiet, embarrassé et un peu impuissant (sa voix s’adoucit et parait triste) L’ironie m’a servi de défense toute ma vie ; c’est un peu idiot quand on veut se voir objectivement. Un rideau qu’on tire… Je me sens un peu perdu maintenant. Où en étais-je ? Qu’est-ce que je disais ? J’ai perdu prise sur quelque chose qui m’avait servi à m’accrocher. » Cet exemple illustre le choc et le bouleversement qui résulte de la mise en cause d’un schème de base ; dans ce cas l’utilisation de l’ironie comme moyen de défense.
- Les sentiments, les schèmes, les intentions personnelles se nuancent avec une certaine tendance à chercher une symbolisation exacte. Le client se rend compte des contradictions et des dissonances entre son expérience immédiate et son moi. La personne prend conscience de sa responsabilité concernant ses problèmes personnels mais avec quelque hésitation.
Cinquième stade : Le désir de revendiquer son "Vrai Moi" et la fluidité intérieure
Si le client se sent accepté dans ses paroles, dans ses comportements et dans ses expériences au stade 4, cela favorise de nouveaux assouplissements, et survient une plus grande liberté. Les sentiments sont sur le point d’être pleinement éprouvés. Ils commencent à remonter à la surface, en dépit de la peur et de la méfiance que le client éprouve à les vivre pleinement et dans l’immédiat.
- Une tendance commence à se faire jour : les sentiments éprouvés se réfèrent à une expérience intime.
- Il y a une surprise et de la peur, rarement du plaisir, à l’apparition des sentiments qui jaillissent à la surface.
- De plus en plus la personne revendique ses propres sentiments et désire les vivre, être son « vrai moi ». Ex : « La vérité c’est que je ne suis pas du tout un type doux et tolérant tel que j’essaie de me montrer. Il y des choses qui m’irritent. Je me sens hargneux avec les gens et parfois j’ai envie d’être égoïste ; et je ne vois vraiment pas pourquoi je m’en cacherais. » Ceci montre clairement le plus grand degré d’acceptation de tous les sentiments. L’expérience immédiate s’assouplit, n’est plus distante, fréquemment elle ne surgit plus qu’avec un léger retard.
- Il y a une tendance forte et évidente à l’exactitude dans la différenciation des sentiments et des intentions. De plus en plus la personne accepte de regarder en face ses propres contradictions et incohérences. Ex : « Consciemment je me sait quelqu’un de bien mais au fond de moi-même je n’y crois pas. Je suis un salaud un bon à rien. Je ne me crois pas capable de faire quoi que ce soit. »
- La personne accepte de plus en plus facilement sa propre responsabilité devant les problèmes qu’il doit affronter et se sent de plus en plus concerné par le comportement qu’elle a eu. Le dialogue intérieur est de plus en plus libre, la communication interne est améliorée et le blocage réduit.
Dans la personnalité du client, plusieurs aspects sont devenus mobiles, la rigidité des premières étapes est dépassée. Il est beaucoup plus proche de son être organique, lequel sans cesse est en évolution : il est beaucoup plus porté par le courant de ses sentiments. Il construit son expérience immédiate de façon moins rigide et sans cesse il la confronte à un objet de référence et à des critères internes et externes. Ses expériences sont de plus en plus différenciées, de sorte que la communication interne, déjà en mouvement, peut être beaucoup plus précise.
Phase 3 : Vers l’harmonie et la congruence totale (Stades 6 et 7)
Sixième stade : Le moment crucial de l'intégration et de l'expérience vécue
- J’espère avoir montré, par exemple, comment un individu, pour une zone donnée de ses problèmes, en arrive peu à peu à se détendre et à se mettre en mouvement, entamant ce processus dans la mesure où il se sent « reçu », accepté tel qu’il est. Si j’ai réussi à donner une idée de l’étendue et de la nature de cet assouplissement affectif accru, du vécu immédiat et des schèmes propres à chaque stade, nous sommes à même d’aborder le stade suivant dont l’observation nous apprend qu’il est déterminant.
- Un sentiment qui auparavant a été « bloqué », inhibé dans son évolution est maintenant éprouvé immédiatement. Le sentiment s’épanouit pleinement. Le sentiment présent est directement ressenti dans toute sa spontanéité et sa richesse.
- Ce caractère spontané et immédiat de l’expérience et le sentiment qu’elle contient sont acceptés, c’est devenu quelque chose de réel, et qui n’a plus à être refusé, craint, ou combattu. Ex : « Oui ! Ça va vraiment loin… cette idée de m’aimer moi-même et de m’occuper de moi. (Ses yeux se mouillent) C’est très bien – très bien. » C’est un sentiment qui évolue vers ses conséquences finales sans inhibition aucune. Il est éprouvé avec acceptation sans aucune tentative pour l’écarter ou le refuser.
- L’expérience est vécue, elle ne fait pas simplement l’objet d’un « sentiment ». Le « moi » tend à disparaitre en tant qu’objet. L’expérience immédiate, à ce stade, prend vraiment l’aspect caractéristique d’un processus. Une autre caractéristique de ce stade est la détente physiologique qui l’accompagne.
- A ce stade, les communications internes sont libres et relativement peu bloquées. En effet, l’expression « communications internes » n’est plus tout à fait correcte. En effet le moment crucial est un moment d’intégration au cours duquel la communication entre les différents « foyers » internes n’est plus nécessaire, parce que ils sont devenus un. La non-congruence » entre l’expérience du client et la conscience qu’il en prend est fortement éprouvée au moment même où elle disparaît et où s’établit la « congruence »
- Le schème correspondant disparaît à ce moment de l’expérience et le client se sent coupé de son cadre de référence habituel. Le moment de la prise de conscience intégrale va devenir un cadre de référence clair et défini. La différenciation de l’expérience affective est claire et fondamentale. A ce stade, il n’y a plus de « problèmes » extérieurs ou intérieurs. Le client vit subjectivement une phase de son problème. Ce n’est pas un objet. Gendlin a attiré mon attention sur cette fonction significative de l’expérience immédiate envisagée comme critère de référence.
- Le client vit simplement une part de son problème, en le connaissant et en l’acceptant. J’ai observé que ces moments d’expérience immédiate complète et acceptée, sont en quelque sorte irréversible. Et on peut remarquer en passant, qu’une fois que l’expérience est devenue pleinement consciente, et pleinement acceptée, on peut y faire face avec efficacité comme à toute autre situation réelle.
Si vous vous sentez aujourd'hui coincé dans cette immobilité, entamer une psychothérapie est souvent le premier pas pour remettre du mouvement dans votre vie.
Septième stade : Le mouvement permanent et l’assimilation du changement
- De nouveaux sentiments sont éprouvés avec un caractère d’immédiateté et une richesse de détails à la fois dans la relation thérapeutique et en dehors d’elle. L’expérience immédiate de tels sentiments est utilisée comme un critère parfaitement clair. Le client s’efforce tout à fait consciemment d’utiliser ces critères pour savoir d’une façon plus claire qui il est, ce qu’il désire et quelles sont ses attitudes. Cela est vrai même quand ces sentiments sont désagréable te provoquent la crainte.
- Le degré d’acceptation de soi, de ces sentiments changeants, croît de manière continue ; une confiance solide dans sa propre évolution se manifeste. Cette confiance ne réside pas d’abord dans les processus conscients qui se poursuivent mais plutôt dans la totalité du changement de la personnalité.
Un client décrit l’aspect sous lequel l’expérience caractéristique du sixième stade lui apparaît, en utilisant des termes appartenant au septième stade.
« En thérapie, ici, ce qui compte, c’est de s’assoir et de dire « voici ce qui m’embarrasse » et de « tourner autour » du problème pendant un moment jusqu’à ce que quelque chose émerge à la faveur d’un crescendo émotionnel, et l’affaire est réglée – on la voit sous un jour différent. Alors même que je ne peux pas dire au juste ce qui c’est passé. J’exposais quelque chose, je ne cessais de l’agiter et de le retourner : après ça allait mieux. C’est un peu frustrant, parce que j’aimerais savoir exactement ce qui se passe… C’est une drôle de chose car je n’ai pas l’impression d’y avoir pris part. La seule part active que j’ai prise a consisté à être en alerte et à saisir au vol une pensée au moment où elle passait… Il y a une sorte d’impression : Eh bien !… que vais-je en faire, maintenant que j’ai bien vu ?… On n’a aucune prise sur elle, on en parle et c’est fini. Et apparemment il n’y a rien d’autre à faire. Pourtant ça me laisse assez insatisfait avec un sentiment de n’avoir rien fait. Cela s’est fait sans que je le sache et sans mon accord… Le hic c’est que je ne suis pas certain de la qualité du réajustement, n’étant pas parvenu à voir ou à vérifier l’évènement en question… Tout ce que je peux faire c’est d’observer les faits. De constater que j’envisage les choses un peu différemment et suis moins anxieux. Je suis très heureux de la façon dont les choses ont tourné. Mais j’ai l’impression d’être une sorte de spectateurs. »
Quelques instants plus tard continuant, mais plutôt à contrecœur, à accepter ce processus qui se poursuit en lui, il ajoute : « Il me semble que je travaille mieux lorsque consciemment, je n’ai affaire qu’a des faits et que je laisse l’analyse se faire toute seule sans lui prêter la moindre attention. »
- L’expérience immédiate a presque complètement perdu ses aspects schématiques et abstraits et devient réellement l’expérience du processus lui-même ; c’est-à-dire que la situation est vécue et interprétée dans toute sa nouveauté et non en tant que passé. « Quand je travaille sur une idée, elle se développe toute entière, telle l’image latente qui apparaît au cours du développement d’un négatif dans la chambre noire. Cela ne commence pas d’un côté pour arriver à l’autre bout ; cela s’étale sur toute la surface. Au début tout ce que vous observez c’est un vague contour et vous vous demandez ce qui va se produire ; puis, graduellement, quelque chose prend forme çà et là, et bientôt tout devient clair subitement. » Il est évident qu’il n’en est pas venu simplement à croire à l’existence d’un processus, mais qu’il l’éprouve tel qu’il est et non en terme de passé.
- Le moi devient de plus en plus la conscience subjective et réfléchie de l’expérience immédiate. Le moi est moins fréquemment un objet perçu et beaucoup plus fréquemment quelque chose dont on suit l’évolution avec confiance. Les schèmes personnels sont refondus provisoirement, pour être éventuellement validés par une expérience en cours, mais même alors, ils sont soutenus de façon moins rigide. « Je ne sais pas ce qui a changé, mais je me sens absolument différent en ce qui concerne mes souvenirs d’enfance, et une partie de l’hostilité à l’égard de mon père et de ma mère a disparu. J’ai substitué au ressentiment contre eux la constatation résignée des torts qu’ils ont eus envers moi. Mais surtout je lui ai substitué une sorte de joie intensive à l’idée que – maintenant que j’ai découvert ce qui n’allait pas – je puis moi-même changer quelque chose à cela en corrigeant leurs erreurs… » Dans ce cas, la manière dont il reconstruit son expérience vécue avec ses parents a été profondément transformée.
- La communication interne est claire – impressions et symboles étant bien assortis – avec des termes neufs pour des sentiments nouveaux. La personne fait l’expérience du choix effectif de nouvelles manières d’être. Puisque tous les éléments de l’expérience vécue sont disponibles à la conscience, le choix devient réel et effectif.
- Quand l’individu, au cours du processus «évolutif, atteint le septième stade, nous nous trouvons nous même impliqué dans une nouvelle dimension. Le client a maintenant intégré la notion de mouvement, de flux, de changement dans tous les aspects de sa vie psychologique et ceci devient sa caractéristique principale. Il vit à l’intérieur de ses sentiments, sciemment et avec une confiance et une acceptation complètes. Il aménage son expérience d’une façon continuellement changeante, et ses schèmes personnels se modifient sous l’effet des évènements successif de sa vie quotidienne. La nature de son expérience vécue est celle d’un processus, il ressent la nouveauté de chaque situation et l’interprète de façon nouvelle. Cette interprétation se faisant en termes de passé uniquement dans la mesure où le présent est identique au passé. Il vit une expérience qui a une saveur d’immédiateté ; tout en sachant par devers soi qu’il vit une expérience. Il apprécie l’exactitude atteinte dans la différenciation de ses sentiments et de ses opinions personnelles. La communication interne entre les différent aspects de lui-même est devenue libre et sans blocage. Il se communique lui-même librement dans ses relations avec les autres, et ces relations ne sont pas stéréotypées mais de personne à personne. Il a conscience de lui-même mais ne se considère pas comme un objet. Il s’agit plutôt d’une conscience réfléchie, d’une vie subjective de sa personne en mouvement. Il se perçoit comme concerné par ses problèmes et responsable d’eux. Il éprouve vraiment cette responsabilité à l’égard de son existence dans tous ses aspects mouvants. Il vit pleinement sa vie personnelle comme un processus constamment changeant.
Conclusion : Du blocage à la liberté d'être soi-même
Le processus implique le passage de la « non-congruence » à la « congruence ». Le continuum évolue à partir d’un maximum de « non-congruence » dont l’individu est parfaitement inconscient ; il passe par des stades intermédiaires où la reconnaissance des contradictions et des dissonances existant en lui-même va croissant, pour en arriver à l’acceptation de cette « non-congruence » dans le présent immédiat de telle sorte qu’elle se résorbe. Au sommet de ce continuum, il n’y jamais plus qu’une « non- congruence » temporaire entre le vécu immédiat et la conscience, puisque l’individu n’a plus besoin de se défendre contre les aspects menaçants de son expérience immédiate.
En général, le processus part d’un point fixe où tous les éléments et toutes les lignes de force décrites ci- dessus sont facilement discernables et compréhensibles séparément, jusqu’au point culminant de la cure où toutes les lignes de force en viennent à former un mélange totalement homogène. Dans la nouvelle manière de s’éprouver spontanément, qui survient à de tels moments, impression et cognition s’interpénètrent, le moi est subjectivement présent dans l’expérience vécue, la volonté n’est plus que la poursuite subjective d’un équilibre harmonieux dans le sens de la personnalité. Ainsi à mesure que le processus atteint ce point, la personne devient une unité en mouvement. Elle a changé mais-chose plus significative- sa capacité de changer fait maintenant corps avec elle.


