Communiquer de manière authentique est-il possible? Parties 4, 5 , 6 et fin.

 

Je trouve extrêmement profitable de me permettre de comprendre autrui.

«La formule peut surprendre : avons-nous besoins de nous permettre de comprendre autrui ? A mon avis, oui. Face aux propos des autres, nous avons en général d’abord tendance à évaluer, à juger, plutôt qu’à comprendre. Quand quelqu’un exprime un sentiment, une position, une conviction, notre réaction, presque immédiate, est de penser « c’est bien vrai », ou « c’est idiot », « c’est anormal », « ça ne tient pas debout », « c’est faux », « ça n’est pas bien ». Nous nous ne permettons guère de comprendre exactement ce que veulent dire les autres. Pourquoi donc ? A mon avis, parce que comprendre c’est courir un risque. Si je me laisse aller à comprendre vraiment quelqu’un d’autre, il se peut bien que je m’en trouve changé. Or nous avons tous peur du changement. C’est pourquoi je prétends qu’il n’est pas facile de se permettre de comprendre les autres, et de pénétrer vraiment, profondément, avec empathie dans leur système de référence. Ce n’est pas facile et c’est exceptionnel. »

Je trouve extrêmement gratifiant de pouvoir accepter une autre personne

Accepter les autres et leurs sentiments n’est pas plus facile que de les comprendre. Puis-je vraiment permettre à quelqu’un d’autre de me manifester de l’hostilité ? Puis-je considérer sa colère comme authentique et légitime. Puis-je admettre qu’il ait une vision de l’existence et de ses problèmes totalement différente de la mienne ? …. Accepter quelqu’un c’est accepter tout cela, et ce n’est guère aisé……Nous avons bien du mal à laisser nos enfants, nos parents ou nos conjoints penser autrement que nous sur tel ou tel problème, telle ou telle question. …. Et pourtant, j’en suis arrivé à croire que ce « quant à soi » individuel, ce droit qu’a chacun d’utiliser son expérience comme il l’entend, et d’y découvrir son propre sens, font partie des potentialités les plus estimables offertes par la vie. Chaque personne en soi est comme une île, en un sens tout à fait concret, et elle ne peut lancer de ponts vers les autres îles que si, d’abord et avant tout elle accepte d’être elle-même et si on accepte qu’elle soit elle-même. Aussi me semble t’il que chaque fois que j’accepte une autre personne, c’est à dire plus précisément que j’accepte les sentiments, les attitudes et les croyances qui sont pour elle fondamentales et essentielles, alors je l’aide à devenir une personne (plus accomplie) : et pour moi cela n’a pas de prix.

Plus je m’ouvre à la réalité des autres et à la mienne moins j’ai envie d’intervenir directement. 

Plus je m’efforce d’être à mon écoute et à celle de mon vécu, plus j’essaie d’adopter la même attitude envers les autres, et plus j’éprouve de respect pour la complexité de la vie. Je suis donc de moins en moins enclin à me mêler de tout, à fixer des objectifs à modeler les gens et à les manipuler pour qu’ils empruntent la voie ou j’aimerais les entraîner. Je préfère de beaucoup me contenter d’être moi-même et laisser les autres être eux même. Je sais que cette attitude peut surprendre car elle a une connotation quasiment orientale. A quoi sert la vie, en effet, si nous n’agissons pas pour les gens ? A quoi sert-elle, si nous n’entreprenons pas de les façonner à nos desseins A quoi sert-elle, si ce n’est à leur enseigner ce qu’à notre avis ils devraient savoir ? A quoi sert-elle, si ce n’est à leur faire partager nos sentiments et nos idées ? Comment peut-on avoir une position aussi passive que la mienne. Je suis persuadé que la majorité d’entre vous éprouvent, en partie du moins, ce type de réaction.

Mais, paradoxalement, l’expérience m’a appris que plus je suis soucieux d’être moi même, à travers toute la complexité de la vie, plus je cherche à comprendre et à accepter ma réalité et celle de l’autre, plus les choses bougent. De manière tout à fait paradoxale c’est dans la mesure où nous tâchons d’être nous –même,  non seulement que nous changeons, mais encore que ceux avec qui nous sommes en relation, changent.

C. Rogers in « L’approche centrée sur la personne » Anthologie de textes présentés par Howard Kirschenbaum et Valérie Land Henderson. Ed : Randin Lausanne. Pages 44 ; 49 (propos personnels de C. Rogers) …. »


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